Tout a commencé par une simple critique exagérée de ma vie ordinaire de banlieusarde:
"Je vis ma vie par correspondance, par procuration, par l'entremise de ce que les autres me décrivent de l'extérieur de mon petit cocon de ouate blanche, moelleuse et désespérément étouffante!" -Lettre à un ami citadin.
En fait, soyons honnête, je n'ai rien à envier aux gens du 19e siècle. Les femmes de l'époque n'avaient pas vraiment d'autre choix que de vivre de correspondance et de mondanités. je n'ai rien à envier bien évidemment à leur légendaire servitude, à leur éternelle dépendance, à leurs infinies contraintes sociales. D'où le temps et le soin qu'elles mettaient à écrire leurs missives, probablement. Je n'ai rien à envier à l'ennui qui les forçait sans doute à se vider leur cœur (et l'encrier) sur papier, à s'inventer peut -être une vie infiniment plus passionnante qu'elle ne l'était en réalité. Non, vraiment, je n'ai rien à leur envier! À l'heure de l'avènement de la communication perpétuelle, efficace, quasi instantanée, il est vrai que tout est infiniment plus rapide, plus simple, plus sûr qu'autrefois... Alors pourquoi cette nostalgie subite?
On est jamais timide devant le papier... Cela a ses bons et ses mauvais côtés. Mais en général, on est plus honnête, plus sage, plus réfléchi. Comme si cette plume apparemment minuscule créait cette distance grandiose nécessaire à une meilleure réflexion. À l'écrit, on est souvent plus intelligent. Et puis, on est aussi moins pudique, car les mots traitres laissent sans cesse transparaitre ce que l'on pense, ce que l'on désire vraiment... Un sous texte, le non verbal à l'écrit. Merveilleux non? Sans compter que la distance, qui fait galoper l'imaginaire, exacerbe parfois le caractère ironique, sarcastique ou sentimental de paroles anodines. Oui, il est vrai que j'envie les manuscrits d'idées choquantes, les manifestes compromettants, les lettres enflammées que s'écrivaient les amants à cette époque où c'était encore dangereux et excitant d'écrire...
Car à notre époque d'infinies possibilités, on dirait que la correspondance à perdu de son charme. Comme si le fait de pouvoir "consommer" absolument tout instantanément ternissait le sens des mots qui autrefois, nous faisaient rêver. Le rêve, l'attente, l'anticipation, l'espoir, ne sont-ils pas des plaisirs en eux-mêmes?
Et si pour certains (nommés les Hommes) le rêve l'emporte toujours sur la réalité, raison de plus pour le choyer et l'entretenir à coups de plumes... Alors par pitié, écrivons-nous et écrivons bien!
Mía









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